Mercredi 28 juillet 1999 :

Journée pleine de rebondissements… Nous avons pris conscience de ce qu'était la Tourista ; et oui Manue Julie et moi, et surtout moi avons chopé cette saloperie de virus. J'ai aussi pu faire découvrir autres les joies des poussées de fièvre. J'en ai eu une allant jusqu'à 39°, je crois que j'ai fait très peur aux autres mais Manue et Julie ont été supers ; pendant que Ben et Guillaume sont allés au marché avec Cheikh elles sont restées à mon chevet, et heureusement car je ne leur ai pas rendu la tâche facile ; elles ont eu le loisir de nettoyer les draps, de me masser les articulations et de me gaver de médicaments.

Marie

Tourista... quand tu nous tiens !

Heureusement à leur retour les garçons ont ramené un grigri spécialement conçu pour les fièvres ; c'est une petite amulette blanche en fil qui a semblé faire son effet étant donné que Marie a repris progressivement conscience alors qu'elle était complètement H.S. : cela ne l'a tout de même pas empêché de vomir 3 fois dans la journée. Alors même que l'on se remettait doucement des émotions causées par notre amie Marie, j'ai dû moi aussi payer le prix du Tiboudien, et mon ventre qui gargouillait dans le vide depuis 5 jours a cédé à la pression. Je tiens à préciser que, poussée par la nécessité, je revendique le concept de la "bassine-papier" (sinon on va encore attribuer à autrui ce qui sort de mon génial cerveau !). Effectivement, redoutant les charmants occupants des toilettes (cf. nos amies les blattes), nous avons préféré nous servir d'une vieille bassine avec un sac poubelle où nous nous succédons dans la plus grande promiscuité. Bref, ces petits troubles intestinaux passés, nous nous sommes rendus au lycée de Boghé (..que de souvenirs) afin d'assister à la répétition d'une pièce en Pulaar interprétée par des élèves. Bien que nous ne comprenions pas cette langue, il en ressort d'après les traductions de Cheikh que la mise en scène reflète des scènes de la vie quotidienne telles que des disputes conjugales, par exemples. Malheureusement nous n'avons pas pu profiter bien longtemps du spectacle car la chaleur ambiante dans ces préfabriqués devait avoisiner les 40°C. Ceci n'a d'ailleurs pas arrangé les affaires de Manue qui commençait à se sentir mal depuis un bon moment. Elle a donc quitté le lycée très mal en point et cela se prolonge jusqu'à maintenant : de grosses diarrhées et une bonne fièvre la tiennent au tapis. Du coup elle a loupé une soirée formidable d'abord composée d'un succulent plat de pâtes puis d'une représentation musicale exceptionnelle. Cheikh, qui nous reçoit chez lui comme des princes avait invité des Griots en notre honneur. Trois musiciens, dont un guitariste, deux chanteurs (dont un jouait aussi d'un instrument traditionnel) ont donc composé pour nous de très belles chansons et se sont enregistrés sur magnétophone pour nous laisser un souvenir. Je ne pense pas qu'une simple cassette puisse retranscrire l'ambiance assez magique de ce moment, où sous la seule lune assez brillante pour éclairer la cour de la maison nous avons entendu les voix et l'âme d'un peuple. J'espère du moins que ce très beau cadeau sera un témoignage de la richesse de la culture Pulaar lorsque nous reviendrons en France.

Une soirée mémorable

Bon je limite ici ma prose "Proustienne" pour ne pas être accusée de "tralalilaler" et je retourne à des choses beaucoup plus triviales pour l'heure du coucher ! Notre ami Cheikh qui est un Don Juan de première classe (cf. multiples photos à l'appui) a donc éprouvé le besoin impérieux de dépenser sa force physique en "poussant" une jeune fille de sa connaissance. Malheureusement pour lui le théâtre choisi pour leurs ébats se trouvait être la pièce la pièce où nous avions élu domicile…dans tous les sens du terme. C'est donc avec hâte que nous avons camouflé la fameuse bassine avant de nous retrouver tous sous la moustiquaire à l'air libre en les imaginant sur le lit où Marie avait vomi (même si les draps étaient lavés)… Bref ce coup-ci je vais peut-être carrément m'arrêter car à défaut de Proust je tombe dans le "Journal du Gore".

Il faut bien avouer que la vie ici a de quoi remplir pour un bon moment nos longues veillées d'hiver avec des anecdotes scatologiques très croustillantes. Nos problèmes de santé révèlent toutes les dimensions et les limites de notre humanité, comme l'avait prévu Martine dans le premier mot de ce cahier. Outre l'aspect peu agréable de la chose cela nous apprend au moins à dépasser nos propres limites, à nous entraider, à être solidaires et d'une certaine manière à vivre pleinement le scoutisme. Ce point de vue qui semble commun à tous les Scouts du monde est d'ailleurs ardemment défendu par Djibril, un ami dont j'ai fait la connaissance en 1997 et qui se révèle être un excellent musicien, doublé … d'un chef Scout de la province de Boghé ! Bon, je laisse un peu de place aux autres car à défaut de diarrhée, je semble subitement atteint de logorrhées.. Ah ah vive l'humour (et un gavé pour moi comme dirait Marie)

Julie

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